Question : Qu'est-ce qui est à l'origine de Death Note ?
Réponse : Et bien, on peut dire que Death Note a commencé quand j'ai commencé à écrire des scénarios de manga. J'ai pensé qu'une des histoires que j'avais écrites les années précédentes pourraient servir, donc j'ai envoyé deux scripts [au magazine Shonen Jump], et c'est celui intitulé Death Note qui a attiré l'attention des éditeurs. Après l'avoir travaillé et retravaillé, c'est enfin devenu un scénario digne de ce nom. Au niveau de l'illustration, je voulais beaucoup de contraste avec des traits plutôt délicats, pour rendre parfaitement l'ambiance. C'était presque exactement au moment où Obata Takeshi-sensei achevait son travail sur Hikaru no Go, et les éditeurs ont eu la gentillesse de lui demander d'essayer d'adapter Death Note. Je ne pensais vraiment pas qu'il accepterait ! Grâce à son talent, le succès a été au rendez-vous, et la série a commencé... Tout cela ressemble à un conte de fée.
Q : Comment vous est venue l'idée de départ de Death Note ?
R : ...Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de particulier qui soit à l'origine, au moins, pas un "flash" spécifique ou quelque chose de ce genre. "Death Note" n'est même pas si original comme intrigue. C'était juste quelque chose qui se développait petit à petit dans ma tête, j'ai commencé à imaginer les Shinigami, à penser aux règles d'utilisation, et ainsi de suite... et enfin je me suis dit qu'il y avait peut-être là de quoi écrire une histoire.
Q : Les histoires avec haut suspense deviennent rares dans les shônen mangas. Pourquoi avoir choisi de publier Death Note dans le Shônen Jump ?
R : Et bien, il est vrai que pour le public masculin adolescent, les B.D centrées sur les combats sont plus fréquents. Malheureusement, je ne pense pas pouvoir écrire ce type d'histoires. Mais j'ai malgré cela pensé que ce ne serait peut-être pas si mal d'essayer quelque chose d'un peu inhabituelle, comme cette histoire à suspense...
Q : Dites-nous comment vous développez un chapitre, de A à Z.
R : D'abord, je rédige tous les dialogues et monologues et je les répartis approximativement entre les plans. Je fait un croquis rapide, très simplifié, juste pour me donner une idée. Les éditeurs vérifient cela, me donnent leur fau vert, et je l'envoie à Obata-sensei qui adapte avec ses propres illustrations. Arrivés là les images finales sont, en gros, faites, et il ne reste plus qu'à replacer les textes. Je laisse tous les effets de caméras et les expressions des personnages à Obata-sensei.
Q : Y a-t-il quelque chose à quoi vous faites particulièrement attention lors de votre premier jet ?R : Ce que j'écris. Je dois faire particulièrement attention à la longueur des phrases et au rythme. Dans "Death Note", les plans ont tendance à comporter trop de texte. Dans une certaine mesure, cela ne peut être évité pour ce genre d'histoire avec une intrigue comportant beaucoup de suspense. Il faut mêler les petites parcelles d'informations dans les dialogues de façon à ce que les lecteurs puissent suivre. J'essaie cependant d'être aussi concis(e?) que possible. Les éditeurs m'aident évidemment à supprimer ce qui est superflu, mais finalement la limitation des mots est quelque chose avec laquelle je suis aux prises tout au long de l'écriture.
QComment esquissez-vous le premier jet de chaque chapitre ?
R : Nous nous réunissons avec les éditeurs et définissons une première idée de ce qui va se passer dans le chapitre. Une fois que l'idée de départ est bien fixée, je commence à rédiger sous forme de scénario de manga. Le plus souvent, je le fais allongé(e) dans mon lit, ou dans n'importe quel autre moment de détente. Pour chaque chapitre, je dirai qu'il faut trois jours pour penser à tout. Une fois que tout est défini dans ma tête, je m'assois à mon bureau et je commence à mettre tout sur papier. Je le fais en général sur un bloc-note, et je travaille à la position du dialogue, et je m'applique à cadrer avec l'histoire générale. Le plus souvent, je ne fais pas attention à la disposition, et ma page est entièrement noircie ! Je finis par réécrire le chapitre deux ou trois fois, en enlevant les redites et les passages inutiles, jusqu'à ce que tout s'enchaîne parfaitement et que j'ai la sensation d'avoir atteint un rythme adéquat pour le chapitre. J'omet uniquement la page de couverture. Après tout, c'est Obata-sensei le vrai dessinateur, les fans attendent toujours son travail avec impatience, ce serait une honte si j'usurpais sa vision des choses ! Une autre chose dont je m'assure toujours est de relire les 2,3,4 chapitres précédents avant d'écrire une nouvelle séquence. Même si je m'en souviens parfaitement, même si je les ai faits et refaits, je les relis. Ce n'est pas tant le déroulement de l'intrigue qui est important mais plutôt l'impression qui s'en dégage, la façon dont la tension évolue à chaque chapitre.
Q : Est-ce que vous peaufinez chaque détail de chaque nouveau personnage avant de les envoyer à l'artiste ?
R : Les détails "internes", comme Light étant un lycéen se préparant à entrer en fac, ou sa personnalité méthodique, je consigne tout dans le script lui-même. Par contre, pour les visages, les cheveux, les détails visuels en général, je laisse cela à Obata-sensei. En fait, contrairement à ce à quoi on peut s'attendre, je pense que c'est plus facile de "fixer" les personnages une fois que je lui ai demandé de me les dessiner. Par exemple, j'ai laissé Obata-sensei créer le design des membres de Yotsuba. Pour être tout à fait honnête, dans ma première esquisse, ils étaient plus que de simples silhouettes. Mais quand j'ai vu ses illustrations, j'ai commencé à me dire, "tiens, celui-là a vraiment l'air d'être un type qui ferait CA..." et ainsi de suite. J'ai eu une impression plus nette de qui étaient les personnages, et cela a ouvert de nombreuses possibilités pour les dialogues, de nouvelles directions à prendre.
Q : Et est-ce que parfois les images que vous envoie Obata-sensei ne correspondent pas du tout à ce que vous aviez prévu ?
R : Non, très rarement. Même si un personnage ne ressemble pas exactement à ce que j'avais prévu, la minute où je le vois, je me dis : "C'est exactement à ça qu'il doit ressembler". Ses dessins sont vraiment convaincants. Les petites surprises comme ça sont très stimulantes pour moi. Trouver un élément du personnage qui ne faisait pas partie de l'idée que je m'en faisais leur donne plus de vie. En fait, c'est ce qui m'aide le plus à leur donner de la profondeur, je crois.
Q : Est-ce que Obata-sensei influence l'histoire, en dehors du développement des personnages ?
R : J'ai commencé à baser mes plans, et ma façon de travailler le script, sur la façon dont il faisait ses illustrations. Par exemple, quand nous travaillions sur le premier chapitre publié, le script s'achevait avec l'apparition de L. Cependant, cette première esquisse était longue de 55 pages et avait larement de quoi composer 2 chapitres. De mon point de vue, ce ne serait tout simplement pas intéressant jusqu'à ce que L et Light commencent à interagir. C'est à peu près à ce moment que nous pensions à demander à Obata-sensei de faire les illustrations. Les éditeurs m'ont alors proposé une mailleure idée : en combinant le talent artistique de Obata-sensei et des plans adéquats, correctement espacés et bien pensés, on pouvait mettre vraiment l'histoire en valeur. Tout ça pour dire, je suis TOUJOURS en train de chercher comment réduire la densité des plans, mais Obata sensei m'a beaucoup aidé à améliorer... Il n'est pas une "bonne influence", il est mon sauveur !
Q : Et L, comment l'avez vous créé ? En collaboration avec Obata-sensei, n'est-ce pas ?
R : Lorsque j'ai parlé de L à Obata-sensei, il m'a demandé: "Est-ce que c'est grave si il ne présente pas bien ?" Il a fait sa propre version de comment le personnage devrait être, et en la voyant, je me suis dit que c'était exactement ce que je voulais ! Après cela, je l'ai laissé s'occuper de tous les petits détails... Ainsi, le goût de L pour les friandises, sa façon de s'asseoir et ses manières un peu insouciantes sont ce que j'avais demandé, et les cernes sous ses yeux et ses vêtements viennent de Obata-sensei. Je suis fier(e) de pouvoir dire que L est le fruit de notre travail commun !
Q : Avec l'ajout d'un personnage féminin, Misa, les graphismes et l'intrigue sont encore enrichis !
R : La décision de faire du second Kira une fille vient à la fois du fait que je voulais des images plus "flamboyantes", et aussi écrire une sorte d'amour pur et dévoué. Grâce à Misa, non seulement le manga est devenu plus attirant visuellement, mais j'ai pu ajouter quelques éléments d'amour. C'est en développant cette idée qu'est apparue celle du moyen de tuer les Shinigami, en les faisant aimer un humain. Et, basé sur les insinuations de la fin de la première partie, vous pouvez être sûrs que je vais continuer dans ce sens *rire*.
Q : Concernant le scénario one-shot de départ, qu'avez-vous particulièrement développé pourla sérialisation ?
R : La première chose à laquelle je pensais avait "Shinigami" et "Death Note" pour mots-clés. Mais puisque j'ai eu l'opportunité de le sérialiser, je voulais créer des personnages plus réels, et montrer leurs pensées et émotions sur un temps plus long. C'est comme ça que sont arrivés L et Light, et les divers humains et Shinigami mêlés à leur conflit...
Par ailleurs, bien que le premier manuscrit tenait la route tout seul avec seulement le concept du Death Note, je ne voulais pas essayer de l'étirer sur une série entière. Donc même si j'avais pensé tout baser sur le Death Note, une fois sérialisé la nature de ce manga a changé pour moi, pourrait-on dire.
Q : Vous écrivez pour un magazine hebdomadaire, donc pour accrocher le lecteur vous devez faire en sorte de rendre chaque chapitre prenant... Est-ce difficile de développer ce genre d'histoire à suspense en petits morceaux comme cela ?
R : Je gère cela en commençant par penser à la fin d'un chapitre, puis au contenu. Je décide d'abord jusqu'où, sur l'histoire générale, je peux aller en un chapitre, et j'écris une esquisse qui va jusqu'à ce point. J'utilise ce procédé parce que je veux énormément de développement pour que le lecteur reste enthousiaste. Le seul problème de ce genre de travail est qu'il ne me laisse pas beaucoup de paix. En particulier au tout début du manga, j'avais des tonnes d'idées et j'avais envie de toutes les mettre sur la table d'un coup. "Si je n'avance pas jusqu'à CE point-là, personne n'aimera assez cette histoire pour la lire !!!" C'est ce qui m'inquiétais en permanence. Quel que soit le moment, je mets tout ce que j'ai dans chaque script, ainsi l'histoire est faite parfaitement pour mon merveilleux lecteur !!
Q : Alors c'est pour cela que Death Note s'est développé pour devenir en quelque sorte un thriller ?
R : En fait, je pense que c'est parce que je n'arrive pas à m'arrêter. Si j'ai une idée amsante ou une intrigue qui me plaît, je ne peux pas m'empêcher de tout mettre immédiatement. Si je reviens en arrière et vois la première partie objectivement, je dois admettre que l'intrigue bouge trop vite. Je ne peux pas faire attendre mes lecteurs, j'ai envie de leur montrer le plus intéressant tout de suite !
Q : Comment avez vous décidé les règles du Death Note ?
R : J'avais écrit la plupart de ces règles dès le départ, mais bien sûr certaines sont venues au fur et à mesure de la progression du récit. Elles sont évidemment au centre du développement de l'intrigue, alors à chaque chapitre je dois m'assurer que je ne contredis pas une de mes propres règles... C'est une vraie galère *rire*
Q : Au commencement du manga, quels genres de directions avez-vous envisagées pour Death Note ?
R : J'avais énormément de vagues idées de ce que je pourrais en faire, mais rien de très solide. Cependant, le deuxième Kira et Rem étaient deux éléments que je voulais voir apparaître dès le départ. En fait, je voulais les introduire plus tôt, mais les éditeurs m'ont conseillé d'attendre que l'histoire soit un peu plus développée.
Q : Pourquoi avez vous choisi d'introduire l'enquête sur Yotsuba ?
R : Jusqu'ici, Light et L avaient toujours été l'un contre l'autre. Je voulais qu'au moins une fois ils enquêtent côte à côte. Donc, je déteste le dire, les membres de Yotsuba ne servaient pour ainsi dire que de faire-valoir. J'avais prévu que Light reprendrait le rôle de Kira dès le départ.
Q : Quand avez-vous décider que la mort de L serait la conclusion de la première partie ?
R : Le climat de la première partie faisait qu'elle devait achever le conflit de L et de Light d'une façon "finale", définitive. C'était ce que je ressentais depuis le début. Mais la mort de L n'était que l'une des nombreuses possibilités que j'avais envisagées ! Une fois Misa mise en prison par L, j'ai réévalué toutes ces options, et je me suis rendue compte, non sans larmes que la mort de L était la plus plausible.
Q : A la fin de la première partie, nous voyons deux garçons qui vont continuer la quête de L. Que pouvez vous nous dire sur eux ?
R : Ce sont Mero et Nia (version japonaise de Mello et Near), deux garçons qui ont grandi à l'institution fondée par Watari. Leur rôle commence à l'annonce de la mort de L. Leur rôle sera crucial dans la seconde partie...
Je suis désolée, la qualité de la traduction n'est pas géniale... J'ai fait ce que j'ai pu !
Je voudrais savoir si cette interview vous a intéressé et si vous seriez intéressés par d'autres. C'est très long et fastidieux à traduire, alors si cela vous barbe, dites-le !!! lol.


